Pédaler régulièrement pourrait allonger la vie de trois à quatorze mois. C’est l’une des conclusions d’un rapport de l’Ademe, l’agence de transition écologique, publié à l’occasion du challenge « Mai à vélo ». Au-delà de la longévité, les médecins interrogés soulignent des bénéfices bien plus larges sur la santé physique et mentale.
Des chiffres qui plaident pour la selle
L’étude de l’Ademe, l’agence de transition écologique, s’appuie notamment sur une étude du chercheur Johan de Hartog, publiée en 2010, pour étayer cette estimation. Selon ce travail, le gain de vie serait encore plus élevé si les cyclistes n’étaient pas exposés à la pollution atmosphérique et aux accidents de la route. Malgré ces risques, le bilan bénéfice-risque reste largement favorable à la pratique du vélo, notamment grâce aux bienfaits du vélo urbain sur la santé physique et mentale.
La docteure Anne Sénéquier, psychiatre parisienne spécialisée dans les liens entre santé et environnement, résume l’enjeu : « Vivre vieux, c’est bien. Mais vivre mieux, c’est encore mieux. » Convaincue au point d’imprimer un plan du réseau cyclable parisien sur ses ordonnances, elle recense même sur un mur de post-it les patients qu’elle a réussi à convaincre d’enfourcher un vélo.
Un sport doux pour les articulations, redoutable pour le cœur
Le docteur Guillaume Sarre, médecin du sport, rappelle que les activités d’endurance réduisent de 20 à 50 % les problèmes cardiaques et de près de 60 % le risque d’accident vasculaire cérébral. La pratique régulière diminue également les risques de cancers du côlon, du sein et du poumon.
Le vélo présente un avantage mécanique décisif sur la marche : il diviserait par trois ou quatre la charge pesant sur les genoux, les chevilles et les hanches. Pas de choc, pas d’impact — un atout particulièrement précieux pour les personnes en surpoids. Une réserve toutefois : le vélo doit être correctement réglé, faute de quoi les douleurs articulaires sont inévitables.
L’effet sur l’anxiété, immédiat
Au-delà du corps, c’est la tête qui profite aussi de la bicyclette. Anne Sénéquier décrit un sentiment de liberté et d’ancrage dans l’espace urbain propre au cycliste, exposé à l’air libre et maître de son trajet. « L’effet sur l’anxiété est immédiat », assure-t-elle, voyant dans le vélo « une bonne parenthèse entre le monde du travail et la vie personnelle ».
Guillaume Sarre pointe par ailleurs les limites d’une activité physique concentrée sur une courte plage horaire : « Je vois des gens qui restent assis huit heures sur leur chaise et qui font du fitness pendant une heure le soir. Ce n’est pas idéal. » Le mouvement doit s’intégrer dans le quotidien, pas seulement y être greffé.
Le vrai défi : tenir dans la durée
Le cardiologue Frédéric Schnell, membre de la Société française de cardiologie et praticien au CHU de Rennes, insiste sur un point souvent négligé : l’adhésion sur le long terme. « Ce que l’on dit à nos patients, c’est que chaque activité aura des bénéfices sur leur santé. Mais ce n’est pas toujours suffisant. »
Son conseil : privilégier une activité accessible et source de plaisir. Si des bénéfices pratiques s’y ajoutent — éviter les embouteillages, gagner du temps —la motivation n’en sera que plus solide, notamment pour ceux qui découvrent pourquoi faire du vélo en ville au quotidien. Marche, course et vélo ont selon lui l’avantage commun de pouvoir se pratiquer presque partout. Le véritable enjeu reste que les gens « continuent à pratiquer dans le temps, pas seulement quand on leur demande ».