Taïwan, premier producteur mondial de cycles haut de gamme, traverse une passe difficile. Au premier trimestre 2026, ses exportations de vélos électriques ont chuté à leur niveau le plus faible depuis 2018, sous l’effet conjugué d’un effondrement des ventes vers les États-Unis et d’une délocalisation croissante de la production vers le Vietnam.
Un premier trimestre historiquement faible
L’île n’a expédié que 77 000 vélos électriques entre janvier et mars 2026, soit un recul de 15 % par rapport à la même période en 2025. C’est le chiffre le plus bas enregistré pour un premier trimestre depuis huit ans. Une tendance qui s’inscrit dans un contexte plus global où le marché du vélo montre des signes de ralentissement, notamment en Europe.
Le segment traditionnel n’est pas épargné : la valeur des exportations de vélos classiques a reculé de 17 % sur la même période. Pour le deuxième trimestre consécutif, le montant total des exportations du secteur est passé sous le seuil des 10 milliards de dollars taïwanais.
L’Amérique du Nord en chute libre, l’Europe sous pression
Le principal facteur de ce repli est la dégringolade des expéditions vers les États-Unis. Une situation qui reflète plus largement un ralentissement global des marchés de mobilité, touchant à la fois l’automobile et le cycle.. Les volumes ont été divisés par plus de deux, passant de 27 000 unités au premier trimestre 2025 à seulement 12 500 unités début 2026, soit une contraction de 54 %.
En Europe, la situation est plus nuancée. Les volumes à destination de l’Union européenne restent stables, autour de 50 000 unités. Les Pays-Bas affichent même une progression de 7 % en volume, tandis que l’Allemagne maintient ses importations taïwanaises à environ 11 000 unités pour la troisième année consécutive.
Malgré ces volumes stables, la valeur des exportations vers l’UE a tout de même reculé de 18 % sur un an, à 2,5 milliards de dollars taïwanais au premier trimestre 2026.
Le Vietnam, nouveau pivot stratégique de l’industrie taïwanaise
Une partie de la baisse des chiffres s’explique par un mouvement structurel : les fabricants taïwanais délocalisent une portion croissante de leur production, notamment vers le Vietnam. Ce pays bénéficie d’accords commerciaux favorables avec l’Union européenne ainsi que de son appartenance au Partenariat économique régional global (RCEP).
Selon les données de l’Association taïwanaise du vélo (TBA), 16 % du segment haut de gamme est désormais fabriqué par des acteurs taïwanais au Vietnam, contre 21 % en Chine. Au total, Taïwan conserve une influence déterminante sur la production mondiale : 39 % du marché premium et 48 % du haut de gamme sont conçus en collaboration avec l’île.
Lors du salon Taipei Cycle 2026, Robert Wu, président de la TBA, a tenu à relativiser ces chiffres : « Taïwan est une plateforme de ressources mondiale et un centre névralgique pour l’approvisionnement du marché mondial en vélos haut de gamme. Nous possédons toujours les compétences essentielles pour servir le marché mondial avec des produits de qualité, des livraisons ponctuelles et des prix compétitifs. »
La capacité de Taïwan à maintenir son rôle de concepteur et donneur d’ordres, même lorsque la production physique migre vers d’autres pays, sera le véritable indicateur à surveiller dans les prochains trimestres.