La ville de Bordeaux a engagé une campagne de contrôles intensifs contre les vélos à assistance électrique roulant au-delà des limites légales. En trois jours seulement, 33 cyclistes ont été verbalisés pour excès de vitesse et 70 autres pour usage du téléphone ou infractions similaires.
Des engins qui dépassent largement les seuils autorisés
La réglementation française est pourtant claire : un vélo à assistance électrique doit fonctionner avec un moteur de moins de 250 watts, nécessite un pédalage actif et voit son assistance coupée automatiquement à 25 km/h. Or, certains fatbikes circulent à plus de 50 km/h sur les voies cyclables bordelaises.
Le problème est structurel selon l’Union des Entreprises du Sport, des loisirs et de la mobilité (UESC) : 96 % des fatbikes vendus en France seraient non conformes. Certains modèles atteindraient même 1 000 watts de puissance. La plupart sont commercialisés en ligne par des vendeurs étrangers qui s’affranchissent des normes françaises.
Des sanctions qui peuvent aller jusqu’à la confiscation
Les amendes encourues s’échelonnent de 135 à 1 500 euros selon la gravité de l’infraction. Mais les forces de l’ordre disposent d’un arsenal bien plus large. « On peut sanctionner, immobiliser le véhicule et faire appel à la police nationale pour confisquer le vélo », rappelle Rémi Baraton, responsable de la brigade circulation de la police municipale de Bordeaux.
Un cycliste contrôlé à 31 km/h — écouteurs aux oreilles — a ainsi écopé d’une amende de 135 euros sur-le-champ. L’intéressé a reconnu que Bordeaux était une ville où « on a tendance à faire un peu n’importe quoi ».
Au-delà des 25 km/h, un vélo à assistance électrique bascule juridiquement dans la catégorie des cyclomoteurs, avec des obligations bien plus contraignantes :
- Immatriculation et carte grise obligatoires
- Assurance requise
- Port du casque imposé
- Interdiction de circuler sur les pistes cyclables
Une volonté politique affichée dès l’arrivée du nouveau maire
« Dès sa prise de fonction, le maire a voulu renforcer les contrôles », indique Géraldine Amouroux, adjointe au maire Thomas Cazenave chargée de la sécurité. L’objectif affiché est un « partage apaisé de l’espace public », pour que piétons et cyclistes conformes ne soient pas mis en danger.
« On est dans une tolérance zéro sur ce sujet, on veut endiguer le phénomène », a-t-elle déclaré. Les contrôles concernent l’ensemble des vélos électriques, pas uniquement les fatbikes.
Un phénomène qui dépasse les frontières bordelaises
Maxime Cheung, gérant d’une boutique de fatbikes à Bordeaux, affirme de son côté respecter scrupuleusement la réglementation et mettre en garde sa clientèle : « Un vélo n’est pas une voiture, au moindre accident ça peut être très très dangereux. »
Les fatbikes représentent aujourd’hui 8 % des vélos à assistance électrique en France, contre 15 % aux Pays-Bas. Là-bas, certaines communes ont déjà restreint leur accès, et Amsterdam envisage même de les bannir de ses quartiers les plus fréquentés. Une évolution qui interroge plus largement l’organisation des mobilités douces, notamment avec l’essor des solutions combinant vélo et train pour une mobilité plus flexible et encadrée. Une tendance que Bordeaux surveille de près, alors que l’UESC réclame des contrôles renforcés sur les ventes en ligne pour tarir le problème à la source.