Des documents officiels déposés auprès du régulateur californien révèlent des chiffres vertigineux sur les batteries du Tesla Semi. Le pack de la version longue portée atteint une masse estimée à près de 4,8 tonnes — soit davantage que le poids à vide d’un Cybertruck complet. Une démesure qui illustre crûment les contraintes physiques de l’électrification des poids lourds.
Des capacités sans précédent pour un camion de série
Les données transmises au California Air Resources Board (CARB) confirment deux configurations de batterie pour le Tesla Semi : 548 kWh pour la version Standard Range et 822 kWh pour la version Long Range. À titre de comparaison, la batterie d’un Cybertruck culmine à 123 kWh — le Semi Long Range embarque donc près de sept fois plus d’énergie.
En s’appuyant sur la densité énergétique connue du pack Cybertruck — dont la batterie de 720 kg affiche environ 170 Wh/kg —, plusieurs spécialistes estiment le poids des packs du Semi entre 3,2 tonnes (548 kWh) et 4,8 tonnes (822 kWh). Or, un Cybertruck affiche un poids à vide compris entre 6 660 et 6 901 lb (moins de 3 200 kg). La batterie seule du Semi Long Range dépasse donc l’intégralité du pick-up, châssis et carrosserie inclus.
Un poids à vide qui grimpe avec l’autonomie
Cette masse colossale se répercute directement sur le profil du camion. Le Semi Standard Range frôle les 20 000 lb à vide (environ 9,1 tonnes), tandis que la version Long Range atteint environ 23 000 lb (10,43 tonnes). L’écart de quelque 3 000 lb entre les deux variantes correspond quasi intégralement au surpoids du pack de 822 kWh.
La réglementation américaine accorde aux camions électriques un léger avantage : leur poids total roulant autorisé est fixé à 82 000 lb, contre 80 000 lb pour un diesel classique. Ce bonus d’environ 900 kg atténue partiellement le handicap, sans le compenser entièrement. Résultat : plus la batterie est volumineuse, plus la charge utile disponible pour le fret se réduit, contraignant les transporteurs à arbitrer en permanence entre autonomie et tonnage transportable.
Des objectifs d’autonomie qui justifient ce choix radical
Si Tesla a opté pour un pack aussi imposant, c’est au nom d’une ambition affichée : 500 miles (plus de 800 km) d’autonomie pour la version Long Range, chargée à 82 000 lb, avec une consommation annoncée de 1,7 kWh par mile. La version Standard Range viserait quant à elle environ 325 miles (plus de 520 km).
Pour y parvenir, le Semi recourt aux cellules cylindriques 4680 de chimie NCMA — la même famille de cellules que celles du Cybertruck, mais en quantité sans commune mesure. Un choix technologique qui permet de rivaliser avec le diesel sur les longues distances, mais dont le coût en kilogrammes reste, pour l’heure, incontournable.
| Modèle | Capacité batterie | Poids estimé du pack | Autonomie visée |
|---|---|---|---|
| Tesla Semi Standard Range | 548 kWh | ~3,2 tonnes | ~325 miles (520 km) |
| Tesla Semi Long Range | 822 kWh | ~4,8 tonnes | ~500 miles (800 km) |
| Tesla Cybertruck | 123 kWh | ~720 kg | — |
Ces chiffres posent une question de fond pour l’ensemble du secteur : à mesure que les constructeurs cherchent à allonger l’autonomie des poids lourds électriques, la course aux grandes batteries risque de rogner durablement sur la rentabilité des flottes. L’évolution des densités énergétiques des cellules sera déterminante pour sortir de ce cercle vicieux.