Tesla a officiellement arrêté la fabrication de la Model S et du SUV Model X. Une décision qui signe la fin d’une ère : c’est cette berline, lancée en série en 2012, qui a démontré pour la première fois qu’une voiture électrique pouvait séduire une clientèle large et exigeante.
De la startup au constructeur crédible : une ascension en deux actes
Fondée en 2003 par Martin Eberhard et Marc Tarpenning, Tesla s’est d’abord fait remarquer avec un roadster sportif commercialisé en très petite série dès 2007. Ce véhicule, aux performances alors inédites pour une électrique, a surtout servi à convaincre les investisseurs de miser sur la jeune marque californienne.
Fort de ces financements, Tesla a pu concevoir entièrement en interne sa première vraie voiture de grande série. La Model S est présentée à l’état de prototype en 2009, puis sort des chaînes de production à partir de 2012.
Une voiture qui a redéfini les standards de l’électrique
Longue de près de cinq mètres, la berline a bousculé les certitudes du secteur sur plusieurs fronts. Elle fut la première à concentrer la quasi-totalité de ses commandes dans un immense écran tactile central, et sa conception entièrement orientée autour du logiciel tranchait radicalement avec les approches traditionnelles.
Surtout, son autonomie réelle dépassant les 300 kilomètres a changé la donne. Combinée au déploiement du réseau de recharge rapide Tesla aux États-Unis puis en Europe — et portée par le contexte du scandale du dieselgate —, la Model S est devenue le premier véhicule électrique capable d’atteindre des volumes significatifs auprès d’une clientèle pour qui une Nissan Leaf ou une Renault Zoé ne suffisait pas comme unique voiture du foyer.
L’impact de la Model S dépasse largement les ventes de Tesla. C’est elle qui a poussé les grands constructeurs, et en particulier les marques premium allemandes, à investir sérieusement dans l’électrique. D’abord avec des modèles techniquement insuffisants à la fin des années 2010, puis avec des véhicules bien plus aboutis comme la BMW iX3, l’Audi Q6 ou encore la Mercedes GLC et CLA électriques.
Tesla n’a toutefois atteint la rentabilité qu’avec la Model 3 et le Model Y, des véhicules plus accessibles. La Model S, trop haut de gamme et trop onéreuse, n’a jamais visé le grand public — ce qui explique en partie pourquoi elle est devenue difficile à vendre en volume ces dernières années.
Une retraite inévitable pour deux icônes devenues trop chères
La Model X, le grand SUV bâti sur la même architecture que la berline, cesse également sa production en même temps. Les deux modèles partageaient le même positionnement tarifaire élevé, qui les rendait de plus en plus marginaux dans la gamme Tesla.
Malgré des problèmes de qualité et de finition qui ont marqué ses premières années de commercialisation, la Model S s’inscrit durablement dans l’histoire de l’automobile comme l’un des véhicules les plus déterminants de l’époque moderne. Son arrêt laisse un catalogue Tesla désormais entièrement tourné vers des modèles de volume — et soulève la question de ce que la marque proposera à l’avenir pour reconquérir le segment premium.